Gels, gélifiants, agar-agar… by Hervé THIS

Les gels trop collés perdent-ils du goût ?

Posted: 05 Jul 2020 09:42 AM PDT

Les gels trop collés perdent-ils du goût ?

Il y a dans cette question le mot technique « collé », qui signifie chargé d’agent gélifiant : pectine, gélatine, agar-agar, alginate, protéines…

Autrement dit, les gels qui doivent leur consistance à beaucoup d’agent gélifiant ont-ils moins de goût que les gels fait du même agent gélifiant en moindre quantité ?

La réponse est oui :  des gels trop collés perdent du goût.

Mais restons sur cette question des gels. On connaît classiquement les gels de gélatine, ou aspics, ou encore les gelées de fruit, pour lesquelles l’agent gélifiant n’est plus la gélatine, extraite des tissus animaux, mais la pectine, extraite des fruits ou des légumes.
Mais il y a bien d’autres « gels » : on désigne sous ce nom un liquide tenu par un « réseau » (comme un filet à trois dimensions), qui empêche le liquide de couler.
Dans les gels de gélatine, c’est la gélatine qui forme un tel réseau (pensons « échaffaudage »). Dans les confitures, marmelades ou gelées, c’est la pectine, comme dit précédemment. Dans le yaourt, ce sont les protéines (« caséines »). Dans le blanc d’oeuf qui a cuit sur le plat (par exemple), ce sont les protéines du blanc d’oeuf ; dans le jaune d’oeuf cuit, ce sont les protéines du jaune d’oeuf. Dans les terrines de viande ou de poisson, ce sont des protéines nommées actines ou myosines.
Et il y a encore bien d’autres possibilités : agar-agar, carraghénanes, etc.

On comprend que plus le réseau est « serré », plus le gel est ferme : le liquide est mieux tenu.
Par exemple, un blanc d’oeuf bien cuit est plus ferme que le même blanc d’oeuf additionné d’une fois son volume d’eau et cuit dans les mêmes conditions que le premier. Autrement dit, plus il y a d’agent gélifiant dans un gel, et plus il est ferme.

D’accord pour la fermeté, mais le goût ?

Il est dû à des composés sapides, à des composés odorants, et à des composés qui stimulent d’autres récepteurs, tels ceux du piquant ou du frais, par exemple.
Or pour agir, ces composés doivent être libérés, pour aller se lier à des récepteurs (des sortes de « serrures », à la surface des muqueuses de notre bouche ou de notre nez). Pensons que les molécules de ces composés sont comme des poissons au milieu d’une mer grouillante de molécules d’eau, le tout dans le « filet » formé par l’agent gélifiant.

Les « poissons » sont un peu tenus par l’eau, mais beaucoup par l’eau tenue elle-même par l’agent gélifiant.
Bref, les molécules qui ont une action gustative sont moins libres quand elles sont dans une gelée fortement collée. Le gel plus collé a moins de goût.

A cette première considération de liaison entre les molécules du goût et le réseau formé par l’agent gélifiant s’ajoute le fait que certains gels fondent quand on les chauffe, notamment dans la bouche. C’est le cas en particulier pour la gélatine dont les gels fondent vers 36-37 degrés. Mais bien sûr, la fonte se fait plus facilement quand il y a moins d’agent gélifiant, plus rapidement. Avec plus d’agent gélifiant, les fragments de gels formés par la mastication n’ont pas le temps de fondre avant de passer dans l’estomac… sans libérer leur charge gustative.

Et il y a encore d’autres mécanismes, mais ce serait entrer dans trop de détails.

Bref, ne collons pas trop les gels si nous leur voulons du goût, ou bien augmentons la charge gustative pour les gels fortement collés… et en tout cas, mastiquons lentement : c’est là le signe de la véritable gourmandise.

Dans un gel de gélatine, les molécules de gélatine forment un réseau qui piège les molécules d’eau… ainsi que les molécules qui donnent du goût. Plus sur cette question dans « Mon histoire de cuisine » (Belin, Paris)

THIS Hervé

Hervé THIS

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