Avec Jacques Bruyas, président de l’UERAA (Union des écrivains de Rhône-Alpes Auvergne), mais surtout écrivain et auteur dramatique, nous avons décidé avec l’amical soutien de Rabelais TV,  by Lyon-Saveurs de. vous proposer chaque mois (pour le monent) des réflexions qui peuvent – c’est à vous de décider – être attribuées au célèbre commissaire Bonnier.

Tout cela sous le label Vae Victis*, traduisez Malheur aux vaincus.

  • Prononcé par le chef gaulois [Brennos] (ou Brennus) lors de la prise de Rome en -390.

Voici donc le premier chapitre qui, à mon humble avis fleure bon une certaine réminiscence des dernières élections municipales et métropolitaines.

Bien entendu toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé n’est que pure coïncidence . Quoi que !

Michel Godet

 

Magnéto Jacques…

 

 

     La ville de Lyon n’a jamais connu des titres de presse satirique à l’égal d’un CANARD ENCHAINÉ ou un CHARLIE HEBDO…Il y eut bien des essais comme « l’OURS »  créé par Henri BÉRAUD pour taquiner le Président HERRIOT, l’éphémère « MERLE BLANC »  fondé par Eugène MERLE le bien nommé et H.P GASSIER ( co- fondateur avec MARECHAL du  » Canard Enchaîné ») le « GUIGNOL »  de Joanny LORGE puis celui plus iconoclaste de Jean- Louis Jules BERTIN ou plus près de nous  » LES POTINS D’ANGÈLE » de Gérard ANGEL…mais les nouveaux médias jumelés à des webradios ou télés et relayés par les réseaux sociaux se risquent à l’irrespect timide et la dénonciation si souvent fallacieuse…et c’est ainsi que sur le site de  » LYONEWS » sortit ce petit pamphlet qui allait faire connaître à un plus large public ce suspicieux climat régnant chez les partisans du mouvement  » À Coeur Vaillant » ou  » Tout Cœur Lyonnais », regroupement de circonstances né pour les Municipales et contrecarrer les écologistes vélocypèdistes qui ne tardèrent pas à se gausser de leurs opportunistes opposants réunis sous le vocable prometteur d’AVC ou passéiste de TCL ( ancien nom du SYTRAL).

Ce pamphlet signé Charles B. étant on ne peut plus explicite…

« Diantre … ! Mon Lyon superbe et généreux

Que se passe-t-il donc en tes murs

Et qu’advient-il en tes proches banlieues ?

Voici qu’à la Métropole on joue les purs

Qu’on voudrait se débarrasser des gêneurs

Socio- professionnels sans sens politique

Celui propre à Iago, traitre en sa splendeur,

Petites magouilles qui comblent la boutique

Où l’on voudrait reprendre le cruel jugement

 » Après l’Attila, holà, J’ai vu Agésilas, hélas ! »

Et lé donner comme un inique traitement

À ces inopportuns Décat, Chatterton, Calas

Mais chez les publicistes qui serait Boileau

Pour oser se lancer en une telle aventure ?

En quelque castelet Guignol sur ses tréteaux

Ou Gnafron trop lucide entre deux bitures ?

À coup sûr, un minus Guignol sans  » sarsifis »

Se croyant encore un destin politique

Parce que récompensé par dame Samsufi

Pour une bassesse ou un retour de trique,

Pas vraiment beau tout ce petit monde là

Ça espère par ci quelques émoluments

Ça grenouille, ça s’agite, ça fricote par là

Et ça trahit amis, partisans du moment

Pour un poste, une mission voilà qu’on étrille

Ceux-là qui, pourtant, assurèrent la victoire

On n’a guère en ce monde l’esprit de famille

Sauf quand il s’agit d’indemnités et gloire.

J’ai honte de voir ceci., j’ai le cœur révulsé

Le parti opposant manifeste plus d’honneur

Et se comporte vraiment avec plus de dignité

Que ces pantins sans convictions, sans cœur.

 » Ok  la politique c’est comme l’andouillette

Ça doit sentir la merde mais sûr, pas trop Disait alors Herriot, le Radical honnête

Vraiment que penser de plus de ce marigot

dégoûtant les lyonnais de la chose publique

Honte sur la Métropole, et ces piètres calculs

Elle ressort guère grandie de cette polémique

                                     et

 pour les petits marquis des coups de pieds

                                  au cul ! »

 » For sure » comme aurait dit l’autre on ne travaille plus dans la dentelle ….

     C’est alors que survient une singulière affaire de mœurs, une plainte pour agression sexuelle au sein même de l’équipe de campagne du président Calas….et que les petits politiques de petite classe et aux petites magouilles reprochent au dit Calas issu de la société civile de n’avoir pas fait de signalement au procureur de la République comme le stipule la loi pour tout élu…sauf que cette affaire éclate avant que quiconque soit élu ….

L’occasion, si malheureuse pour la ou les plaignantes, n’en reste pas moins une fichue opportunité pour dégager ces candidats non issus de sérail et à qui on a recours pour une visibilité neuve et une virginité publique recouvrée…

Mais comment en sommes-nous parvenus là ?

Un emblématique président d’un non moins emblématique groupe sportif dont les équipes ont déjà souvent excellé sur les terrains, quelques membres de la chambre de commerce et de celle des métiers, des petits patrons, des commerçants et un ou deux  » people  » et le tour est joué pour faire croire aux électeurs qu’une équipe neuve va prendre enfin les choses en mains après un mandat écologique certes partisan mais surtout dans l’exclusion catégorique du tout automobile….sauf que les élus rejetés six ans en amont voire dix ans affûtent leurs armes pour récupérer leur  » dû » car carriéristes politiques dans l’âme, ils assimilent les mandats d’élus comme une chasse gardée et une affection d’un  » pôle emploi » exclusif…

CALAS, BÉLINE, HERBAN : LE TRIANGLE DES BERMUDES DE LA POLITIQUE LYONNAISE

Une plainte pour viol, une campagne municipale qui déraille, un patron propulsé en politique et un communicant bordelais qui se croyait maître du jeu… À quelques mois du scrutin, « À Cœur Vaillant » découvre que la conquête de Lyon peut réserver quelques vilaines surprises.

Suite de notre chronique précédente

…les mandats d’élus comme une chasse gardée et une affectation d’un « Pôle emploi » exclusif.

Il fallait donc, pour reprendre la mairie, des hommes neufs.

Enfin… des hommes neufs, pas nécessairement des hommes politiques.

Et c’est ainsi que surgit Jean-Paul Calas.

CALAS : LE PATRON QUI VOULAIT DEVENIR MAIRE

Jean-Paul Calas n’est pas exactement ce que les vieux routiers de la politique lyonnaise appellent « un produit du sérail ».

Il n’a pas usé ses fonds de pantalon sur les bancs d’un conseil municipal. Il ne connaît pas par cœur les subtilités des commissions métropolitaines, les petits arrangements de couloir, les susceptibilités d’arrondissement ou les querelles byzantines autour d’un rond-point, d’une piste cyclable ou d’une subvention culturelle.

Il connaît en revanche les entreprises.

Et plutôt bien.

Gros patron ayant bâti sa réussite dans les logiciels de comptabilité entrepreneuriale, Calas a cette particularité assez rare en politique : lorsqu’il parle de chiffres, il sait de quoi il parle.

Président de Lyon Foot, personnalité sportive reconnue, homme de réseaux et de tempérament, il possède ce que les communicants appellent une « visibilité naturelle ».

Bref, il avait tout.

Sauf l’essentiel pour une campagne municipale : l’expérience de la politique.

Mais qu’importe !

Il suffisait, lui expliqua-t-on, de s’entourer des bonnes personnes.

Et les bonnes personnes ne manquèrent pas.

On lui trouva des commerçants, des chefs d’entreprise, quelques représentants des professions intermédiaires, des personnalités suffisamment connues pour faire joli sur une photographie et, surtout, un communicant.

Un vrai.

Un professionnel.

Un homme venu de Bordeaux avec ses méthodes, ses carnets d’adresses, ses certitudes et, paraît-il, quelques recettes miracles.

Son nom : Jérôme Herban.

JÉRÔME HERBAN, OU L’ART DE NE JAMAIS DOUTER DE SOI

Herban avait tout du communicant contemporain.

Costume impeccable, vocabulaire calibré, regard légèrement supérieur, sourire de celui qui sait déjà ce que vous allez dire avant que vous ayez ouvert la bouche.

Il parlait de « narration », de « séquençage », de « storytelling territorial », de « marque politique » et de « verticalité électorale ».

Les vieux militants, eux, parlaient de porte-à-porte, de réunions publiques et de militants.

Herban parlait de « data ».

Ils parlaient de Lyon.

Il parlait de « cible ».

Ils parlaient d’électeurs.

Il parlait de « conversion ».

Bref, le mariage était parfait.

Il venait spécialement de Bordeaux pour aider Calas à conquérir Lyon.

Et il semblait convaincu que Lyon, comme une entreprise en difficulté, pouvait se redresser à coups de stratégie, de tableaux Excel et de slogans bien placés.

Il avait toutefois oublié une chose.

En politique, les hommes et les femmes ne sont pas des colonnes de tableur.

Et parfois, une campagne ne dérape pas à cause d’un mauvais sondage.

Elle dérape à cause d’un événement que personne n’avait prévu.

ISABELLE BÉLINE, L’ÉTOILE MONTANTE

Isabelle Béline appartenait à une autre génération.

Étudiante en Sciences Politiques, intelligente, ambitieuse, vive, parfaitement au fait des mécanismes de communication et des codes de la nouvelle politique, elle avait compris très tôt que l’avenir appartenait moins à ceux qui avaient longtemps milité qu’à ceux qui savaient se rendre indispensables.

Elle voulait être élue.

Et elle ne s’en cachait guère.

Elle avait le sourire facile, la formule rapide et cette étonnante capacité à passer, en quelques minutes, du langage universitaire au vocabulaire des réseaux sociaux.

Elle plaisait.

Elle agaçait aussi.

Certains de ses camarades la jugeaient brillante.

D’autres la trouvaient arriviste.

Quelques-uns assuraient qu’elle avait compris avant tout le monde que la politique n’était plus seulement affaire de convictions mais également de visibilité.

Et puis il y avait ceux qui murmuraient qu’Isabelle savait très exactement où elle voulait aller.

Jusqu’au soir où tout bascula.

Car Isabelle Béline déposa plainte.

Elle affirmait avoir été violée.

Et elle mettait en cause Jérôme Herban.

Soudain, les mots « stratégie », « communication », « conquête électorale » et « victoire municipale » devinrent dérisoires.

La campagne changeait de nature.

UNE PLAINTE ET MILLE QUESTIONS

Il convient ici de rappeler l’évidence que les politiciens oublient parfois avec une constance admirable : une plainte n’est ni une condamnation ni un classement sans suite.

Elle constitue l’expression d’une accusation qui doit être examinée par la justice.

Mais dans une campagne électorale, la justice avance à son rythme et la rumeur court en sprint.

Aussitôt, les camps se constituèrent.

Pour les uns, Isabelle était une jeune femme courageuse qui venait de briser le silence.

Pour les autres, elle était devenue malgré elle le pion d’une bataille interne.

Quelques-uns, plus cyniques encore, soufflèrent qu’elle avait pu elle-même comprendre l’intérêt politique d’une telle affaire.

Et voilà précisément où commence le territoire le plus dangereux de cette histoire.

Car une femme peut être ambitieuse et victime.

Elle peut être manipulée et avoir parlé sincèrement.

Elle peut avoir des ambitions politiques sans que cela retire un gramme de gravité à une accusation de violence sexuelle.

Les vieux professionnels du marigot, eux, ne s’embarrassèrent pas de ces nuances.

Ils comptèrent les dégâts.

ET CALAS DANS TOUT CELA ?

Jean-Paul Calas se retrouvait au milieu de la tempête.

Son premier problème était humain.

Le second était politique.

Le troisième était juridique.

Et le quatrième, probablement le plus cruel pour un homme qui avait passé sa vie à maîtriser les chiffres, était qu’aucun logiciel comptable ne permettait de prévoir une telle crise.

On lui reprochait déjà d’avoir fait appel à des professionnels extérieurs.

On lui reprochait maintenant la composition de son équipe.

On lui demandait s’il avait été informé.

Quand il l’avait été.

Ce qu’il savait.

Ce qu’il ne savait pas.

Ce qu’il aurait dû savoir.

Et surtout pourquoi il n’avait pas, selon certains de ses adversaires, effectué de signalement.

Réponse des proches de Calas :

Avant d’être une affaire politique, l’affaire était une affaire judiciaire.

Réponse des adversaires :

Un candidat à la mairie ne peut pas ignorer ce qui se passe dans sa propre équipe.

Et réponse du principal intéressé :

« Je ne suis ni juge, ni procureur, ni policier. »

Une phrase qui, dans d’autres circonstances, aurait pu passer pour du bon sens.

Dans une campagne municipale, elle devenait une pièce à conviction politique.

HERBAN : DE L’OLYMPE AU BANC DES ACCUSÉS MÉDIATIQUES

Pour Jérôme Herban, la chute fut brutale.

L’homme qui, quelques jours auparavant, expliquait à tout le monde comment maîtriser une crise se retrouvait au centre de celle-ci.

Il ne contrôlait plus le récit.

Il était devenu le récit.

Son nom circulait.

Ses anciennes interventions étaient ressorties.

Ses méthodes étaient commentées.

Ses certitudes lui revenaient au visage comme des boomerangs.

Et soudain, le communicant qui prétendait savoir comment fabriquer une image découvrait une vérité élémentaire :

une réputation peut mettre des années à se construire et quelques heures à s’effondrer.

Il protesta.

Il nia.

Il affirma que les faits étaient inexacts.

Il assura que la vérité finirait par apparaître.

Mais cette fois, personne ne lui demanda de préparer une conférence de presse.

TROIS VOIX DANS LA TEMPÊTE

Nous avons voulu entendre les trois protagonistes principaux.

Trois récits.

Trois vérités revendiquées.

Et peut-être, entre les trois, une réalité que seule l’enquête judiciaire permettra d’établir.

ENTRETIEN — JEAN-PAUL CALAS

LYONEWS : Monsieur Calas, vous êtes arrivé en politique sans véritable expérience. Regrettez-vous aujourd’hui de vous être lancé ?

Jean-Paul Calas : Non. Je regrette seulement de découvrir aussi rapidement le pire de ce que la politique peut produire.

LYONEWS : Vous connaissiez Jérôme Herban ?

J.-P. Calas : Je connaissais son travail. Je savais qu’il avait une expérience importante de la communication politique. Je ne lui ai jamais demandé de devenir mon directeur de conscience.

LYONEWS : Isabelle Béline faisait-elle partie de vos proches ?

J.-P. Calas : Elle faisait partie de l’équipe. C’était une jeune femme intelligente, très impliquée et qui avait manifestement envie de réussir.

LYONEWS : Certains disent qu’elle était très ambitieuse.

J.-P. Calas : Être ambitieuse n’est pas un crime.

LYONEWS : Même en politique ?

J.-P. Calas : Surtout en politique.

LYONEWS : Avez-vous tenté de minimiser l’affaire ?

J.-P. Calas : Absolument pas.

LYONEWS : Pourquoi ne pas avoir fait de signalement ?

Calas marque un silence.

J.-P. Calas : Parce qu’à ce moment-là, je n’avais pas devant moi une vérité judiciaire. J’avais une accusation. J’ai demandé conseil. J’ai voulu protéger tout le monde, y compris la plaignante.

LYONEWS : Vous comprenez que l’on puisse vous reprocher cette prudence ?

J.-P. Calas : Je comprends surtout qu’en politique tout devient reproche.

ENTRETIEN — ISABELLE BÉLINE

Elle arrive ponctuellement, sans conseiller en communication.

Elle a refusé que l’entretien soit enregistré en vidéo.

Elle veut parler.

Mais elle veut aussi choisir ses mots.

LYONEWS : Pourquoi avoir porté plainte ?

Isabelle Béline : Parce que ce que j’ai vécu ne pouvait pas rester sans réponse.

LYONEWS : Vous maintenez donc intégralement vos accusations ?

  1. Béline : Oui.

LYONEWS : Vous saviez que cette plainte aurait des conséquences politiques ?

  1. Béline : Je ne suis pas idiote. Bien sûr que je le savais.

LYONEWS : Certains vous accusent d’être ambitieuse, voire arriviste.

Elle sourit tristement.

  1. Béline : Et alors ?

LYONEWS : Alors certains estiment que vous pourriez avoir intérêt à déstabiliser l’équipe Calas.

  1. Béline : C’est pratique. Une femme ambitieuse qui dénonce une agression devient immédiatement suspecte.

LYONEWS : Vous n’avez jamais pensé aux conséquences électorales ?

  1. Béline : J’ai pensé à moi. À ce qui m’était arrivé. À ce que je devais faire.

Puis elle ajoute :

  1. Béline : Si certains veulent transformer ce que j’ai vécu en opération politique, qu’ils le fassent. Mais ce n’est pas moi qui ai décidé de mélanger politique et violence sexuelle.

LYONEWS : Vous souhaitez toujours être candidate ?

Long silence.

  1. Béline : Je ne sais plus.

Et cette réponse, peut-être plus que toutes les autres, résume l’immense gâchis de cette histoire.

ENTRETIEN — JÉRÔME HERBAN

Il est arrivé en retard.

Cela lui ressemble, paraît-il.

Mais pour la première fois, son assurance semble avoir disparu.

LYONEWS : Vous êtes accusé de viol.

Jérôme Herban : Je suis mis en cause. Je ne suis pas condamné.

LYONEWS : Vous niez ?

  1. Herban : Totalement.

LYONEWS : Vous affirmez donc qu’Isabelle Béline ment ?

  1. Herban : Je dis que sa version des faits est fausse.

LYONEWS : Vous aviez une relation avec elle ?

  1. Herban : Nous travaillions ensemble dans le cadre de la campagne.

LYONEWS : Rien de plus ?

Il hésite.

Pour la première fois, le communicant semble chercher sa phrase.

  1. Herban : Je ne commenterai pas davantage cet aspect.

LYONEWS : Vous comprenez que votre silence puisse alimenter les interrogations ?

  1. Herban : Je comprends surtout que quoi que je dise, cela sera utilisé contre moi.

LYONEWS : Vous qui êtes spécialiste de la communication de crise…

Il relève les yeux.

La remarque ne lui plaît pas.

  1. Herban : Oui.

LYONEWS : Est-ce la première fois qu’une crise vous échappe ?

Un sourire.

Petit.

Amer.

  1. Herban : Celle-ci n’est pas une campagne de communication.

Et voilà peut-être la seule phrase de l’entretien où Jérôme Herban semble avoir enfin compris la situation.

LE PLUS ÉTRANGE, DANS CETTE HISTOIRE…

…est que chacun des protagonistes pourrait presque avoir raison sur un point.

Calas peut-être sincèrement dépassé.

Béline peut-être sincèrement victime.

Herban peut être sincèrement convaincu d’être innocent.

Et pourtant, leurs trois récits ne peuvent pas tous coïncider.

C’est précisément pour cela que la justice existe.

Mais en attendant que la justice fasse son travail, la politique, elle, continue le sien.

Les adversaires de Calas ont retrouvé de la voix.

Les anciens élus ont ressorti leurs carnets d’adresses.

Les nouveaux candidats découvrent les joies de la solidarité politique : celle qui consiste parfois à vous serrer la main devant les photographes et à calculer derrière votre dos combien de voix votre chute pourrait leur rapporter.

Quant aux écologistes, ils observent.

Ils observent beaucoup.

Et ils se gardent bien de rire trop fort.

Car Lyon a cette élégance particulière de savoir que celui qui rit aujourd’hui peut très bien être le sujet de la chronique de demain.

Alors, dans cette affaire, qui manipule qui ?

Isabelle Béline est-elle une victime devenue malgré elle l’instrument d’une guerre interne ?

Est-elle une jeune femme ambitieuse qui a décidé de ne plus se taire ?

Jean-Paul Calas est-il le patron candide débarqué dans un univers dont il ignorait les règles ?

Ou bien découvre-t-il seulement aujourd’hui que la politique n’est pas une entreprise comme les autres ?

Et Jérôme Herban ?

Est-il le prédateur décrit par certains ?

L’homme injustement accusé qu’il affirme être ?

Ou simplement un communicant trop sûr de lui qui, pour la première fois, ne parvient plus à contrôler le scénario ?

Nous n’en savons rien.

Et ceux qui prétendent déjà tout savoir devraient peut-être se méfier.

Car dans cette affaire, le seul véritable danger serait de confondre la rumeur avec la vérité, la politique avec la justice et la communication avec la réalité.

Une chose, en revanche, semble déjà acquise :

Pour conquérir Lyon, Jean-Paul Calas était venu chercher une équipe.

Il a trouvé une affaire.

Et pour Jérôme Herban, qui était venu de Bordeaux apprendre aux Lyonnais comment raconter une histoire, le destin vient de lui en écrire une qu’il aurait certainement préféré ne jamais lire.

Les réunions du conseil municipal du 4ème arrondissement tiennent toujours de la tenue d’une quelconque secte animaliste aux déclarations des plus alarmantes et d’une représentation du Grand Magic Circus du temps du regretté Jérôme Savary…

Ce soir en particulier Jeanne- Laure Pétrallini, adjointe à la condition animale et au développement durable commença son intervention par une longue évocation des souffrances endures par les galgos ou lévriers de course, abandonnés des qu’ils’ne sont plus performants et torturés au nom d’une superstition antique qui veut que les souffrances d’un  vieux chien usé revigorent le tortionnaire et le rajeunit…puis notre adjointe dénonça dans la foulée la corrida et la mise à mort du taureau en omettant simplement que la Croix-Rousse ‘ne possède sur son territoire ni cynodrôme, ni arène….mais une fois lancée dans sa logorrhée dénonciatrice, la chère élue ne sait plus s’arrêter et tout commence donc ainsi….

Les chiens furent conduits devant les barrières de leur supplice, sans ménagement et sans même la considération élémentaire due à la victime expiatoire d’un tel sacrifice.

Ces pauvres lévriers ne ressemblaient plus à rien et n’avaient que la peau sur les os.

Deux, même, n’arrivaient plus à marcher, et au lieu de les porter, un des bourreaux les traînait par les ficelles qu’ils avaient pour laisses.

On leur passage à tous dès nœuds coulants de barbelés autour du cou avec juste la marge nécessaire pour que quelque soit leur position, debout, assis, couché, les nœuds de resserrent impitoyablement et que les fers entament leurs chairs et laissent le sang perler sur le sable du sol, se mêlant à l’urine des bêtes incontinents de terreur et d’avoir compris qu’ils ne ressortiraient que morts de cette cérémonie prétendument traditionnelle….Oh comble de l’horreur, de la lâcheté et de l’ignominie des hommes, mammifères d’entre les mammifères et seuls de cette espèce à tuer pour le simple plaisir de tuer.

Un des chiens avait la peau râpée puis rasée à certains endroits et un des officiants arrosait ces zones dépoilées avec quelqu’acide ou de la javel et l’animal hurlait de douleur à chaque aspersion…et les hommes riaient.

Ils étaient heureux de participer à cette application suprême de la souffrance animale et se réjouissaient qu’après cette cérémonie sacrificielle des galgos, demain ils seraient dans l’arène pour le must des corridas puisque sept mises à mort étaient au programme.

Un des hommes s’éloigna du groupe pour soulager sa vessie et il urinaire sur un des chiens morts et sa pisse semblait les larmes de honte qu’ill n’était plus à même de verser.

La corrida….ah parlons- en…

« el arte de los toros, bajo del cielo »

disait un couplet d’une zarzuela… » l’art des taureaux est descendu du ciel » du ciel ? Mon cul! Des cieux plutôt…et de quels cieux ?

L’art des taureaux est descendu des anges asexués, des séraphins androgynes tant les afficionados trichent dans cette morbide passion et n’osent s’avouer qu’ils compensent bien souvent, par la souffrance de l’animal vigoureux, justement leur propre manque de vigueur.

Ah le bonheur de l’estoc final…la bête était forte, bien campée sur ses pattes, un taureau de combat disait la foule.

Les picadors l’avaient cueilli dès son entrée dans l’arène…. ça faisait des heures qu’il était là coincé dans le noir, et qu’une poulie actionnait un poids qui lui tombait infailliblement, à temps mesuré, sur l’encolure comme pour l’habitude à baisser la tête….mais il ne la baissera pas cette tête.

Il ne lâchera rien et ce ne sont pas ces pantins boudinés dans leurs costumes satinés qui l’obligeront à quoi que ce soit.

L’animal fonça sur la silhouette brouillée du toréador, brouillée par cette sueur âcre qui vient d’on ne sait où et par ce sang chaud coulant abondamment de ses plaies.

Il reprit son souffle, ramassa ses muscles, et se sentant prêt à une nouvelle attaque reprit violence sur l’homme et à chaque rencontre une muleta supplémentaire perçant sa chair …

Une atteignit le flanc en étant mal plantée et le taureau ressentit une profonde déchirure…c’était un de ses poumons qui venait de crever… n’importe quel homme ayant connu une déchirure de la plèvre peut imaginer la douleur éprouvée.

La clameur de la foule soudain se fit silence.

Le travail à la muleta était terminé et le toréador comprit qu’il était temps d’en finir.

Le taureau lui ne se faisait plus d’illusion…une lame s’enfonça profondément dans son envol visant l’essentiel et n’ayant qu’un but…la mort. »….

Sûre de son effet, et il est vrai que c’était réussi, Jeanne – Laure Pétrallini, comparant la cause animale à celle des femmes, engrangea illico sur le sort de cette jeune militante du clan Calas, supposément livrée aux travers d’un superman de la com aux appétits plus voraces que son envie de gagner des élections municipales, mission pour laquelle il avait été choisi.

Qu’est-ce qui pouvait bien passer dans la tête de cette adjointe écolo pour imposer ainsi un discours alarmant mais déplacé… quoique… voici le sujet à l’ordre du conseil et d’autres chiens que les malheureux galgos lâchés sur le fâcheux désaccord d’une opposition municipale…

L’affaire semble bien mal engagée et c’est alors que les Lyonnais vivent au rythme des soubresauts et états d’âme de ces politiques à la petite semaine qu’une autre affaire éclate sur Villeurbanne.

Effectivement, c’était à Villeurbanne, faubourg du Grand Lyon dans les jardins du quartier Saint- Jean.

Les employés municipaux de donnaient un méchoui monstre pour célébrer les sondages avantageux préfigurant la victoire du maire sortant, et comme ce dernier n’était pas encore arrivé et qu’ils se trouvaient déjà nombreux, ils baffraient et ils picolaient en pleine liberté.

Les chefs d’équipe s’étaient installés dans le chemin du milieu avec un barnum emprunté au comité des fêtes et le commun des fonctionnaires communaux était répandu sous les arbres où l’on distinguait quantité de cabanes de chantier et d’abris de fortune avec quelques poulaillers et des clapiers entretenus par des retraités de la police et d’anciens matons en cessation d’activités, tous au cœur tendre et à la nostalgie à flor de pastis ou de gros rouge.

Dans le carré des immigrés, c’est ainsi que les syndicats les appelaient, minimisant leurs revendications, les ignorant même parfois -t-il souvent – parce que c’était des étrangers et que c’était déjà très bien qu’ils soient là avec du boulot….des figuiers entouraient les appentis, une haie de sycomores se prolongeait jusqu’à des masses d’hysope où les chats venaient s’ébattre, des grenades resplendissaient parmi les touffes blanches et roses des géraniums, des vignes chargées de grappes montaient dans les grilles récupérées sur les chantiers, un champs
de roses s’épanouissait sous les platanes, les pivoines, arums, hibiscus, dalhias et zinias rivalisaient de couleurs….

Alors que dans chaque camp la fête battait son plein la venue du maire- candidat fut annoncée avec perte et fracas quand soudain une violente explosion surprit tout le monde…une seconde explosion dégrisa l’ensemble des fêtards….

Une brigade de l’Anti- Gang rapidement sur les lieux évoqua un cartel de la drogue sévissant sur toute la Métropole Lyonnaise et une troisième et vraiment inattendue explosion aux pieds de l’Hôtel de Ville d’architecture mussolinienne de Villeurbanne et revendiquée par la KQMafia confirma les allégations policières…

La future présidente de la Métropole Valérie Samsufi arriva sur place comme par enchantement flanquée d’un bataillon de publicistes et d’un aréopage de petits marquis toujours en quête d’un poste, d’un mandat, d’une mission à usage personnel ou pour placer femme, compagne, maîtresse ou compagnon ou gigolo…les employés municipaux de Villeurbanne se demandaient bien comment tout ce petit monde avait pû être si rapidement prévenu.

Il y avait bien le journaliste qui les suivait de partout le petit Pierre Galopin, petit par sa taille mais grand par l’entregent et son carnet d’adresses et que ses amis comme ses détracteurs appelaient ironiquement  » Petit Bock ».

Dans la foulée le Préfet de Région et son collègue Préfet de police arrivèrent avec une floppée de journalistes et tout ces petits mondes enfin réunis, la sarabande commença vraiment.

À Lyon on s’enlisait dans des suspicions comme suspensions douteuses et à Villeurbanne on s’attendait au pire au regard des menaces du milieu de la drogue planant sur la cité…

Et dans les villes périphériques des quatre points cardinaux métropolitains qu’en était – il alors ?

 

Jacques Bruyas (3è trimestre 2026)

 

 

Ndlr : fin du premier chapitre à imprimer et à conserver…