Ne jamais dire Restaurant de la Fontaine (38090) je ne boirai pas de ton eau !

Imaginez un rêve gourmand qui vous replonge quelques dizaines d’années en arrière. Vous êtes en France, d’aucun diraient même profonde, sur la place du vieux village de Villefontaine à côté de l’église et non loin des Grands Ateliers. A l’angle d’une maison d’un autre âge, le restaurant de la Fontaine accueille avec bonhommie, habitués, villageois et autres employés des environs.

Dès l’entrée, le ton est donné par Alfred, le gérant qui, tablier bleu ceint, affiche avec fierté ses 82 années

« Je suis seulement dans ma 82e année » annonce-t-il simplement.

La salle ressemble bien à celle d’un bistrot de village séparée en deux parties par une banque réfrigérée destinée à la présentation des entrées, avec de grands carreaux de carrelage au sol et des murs impeccables et très clairs.

Le mobilier et le décor minimaliste sont en parfaite harmonie avec le lieu, dans lequel on se sent bien et en famille avant même de s’asseoir entre le coiffeur du village et l’ouvrier du chantier voisin.

En d’autres temps on aurait parlé d’un restaurant ouvrier propre à satisfaire les travailleurs avec simplicité et générosité.

A peine installé, Alfred pose sur la table le Viognier « déclassé ! » d’Ardèche (le chef est originaire de Joyeuses – 07) avec la bouteille de sirop de cassis. Chacun se sert selon sa soif et son envie. Vient le temps de choisir son entrée. Aujourd’hui artichauts, salade frisée garnie et lentilles (Oh, pardon j’ai tout vendu mes lentilles).

Le service est diligent, sans chichi et propice à des agapes que l’on entrevoit de suite conviviales.

Une cuisine canaille !

L’artichaut est fort bien cuit et la sauce bien assaisonnée.

La frisée, avec tomates et œufs durs s’accommode à merveille avec la vinaigrette maison qui servira plus tard pour la tête de veau. Et puis, petit plus, la boite de 580 grammes d’anchois made in Marseille, elle même gisante dans un pot en plastique, à satiété des clients.

Cholestérol s’abstenir et attention aux cravates, la sauce est très bien huilée. La générosité maison fait déjà son effet avec l’inquiétude régulière du patron qui s’enquière régulièrement entre deux tours en cuisine, si tout va bien.

On continue ensuite cette cuisine quelque peu canaille, pour entrer ensuite dans le vif du sujet avec trois jolis boudins noirs bien cuits accompagnés de Parmentier cuites à l’eau. Mettez du beurre sur les boudins, lance Alfred à mon voisin de table. Sinon le boudin sera trop sec. Délicate attention, s’il en est !

Et que de sollicitude  pour un plat simplement bon.

Quant à la tête de veau, elle aussi se porte bien et ficelée dans une grande assiette avec un assortiment  pour le moins original de légumes, petits pois-carottes avec lardons mais qui, à l’usage, sont harmonieusement mariés, d’autant que la sauce maison de la frisée huile les rouages à merveille.

Certes c’est une cuisine d’un autre âge, celle que l’on trouvait jadis chez nos mères-grands, celle qui n’était pas à la peine, qui aussi créait parfois des périodes post-prandiales délicates, mais dont une fois de plus simplicité, générosité et belle réalisation étaient de mise.

A ce propos, je pense encore à quelques adresses lyonnaises d’il y a plusieurs décennies qui nous ont régalées pour ne citer que Marie-Thé à la Croix-Rousse (Comptoir des bressans). Un bistrot, un bouchon aussi peut-être, avec une cuisine de deux mètres carrés à tout casser, où en salle le patron côtoyait l’équevilleur, l’employeur voire le soyeux.

Au lieu près, c’est cet esprit que nous venons de retrouver avec un bonheur avéré, quand bien même le mot gastronomie semble quelque peu pompeux et fort moins bien adapté que celui de cuisine traditionnelle et familiale.

Dans les spécialités, nos voisins de table nous parlent encore des grenouilles qu’ils ont mangé une semaine auparavant. Il est vrai que dès l’âge de 14 ans et jusqu’à 20 ans (soit près de 1 500 services !), Alfred les faisait chaque week-end dans un restaurant de Till (Ain).

Ces spécialités sont nombreuses et tournent au gré des saisons. Tripes, moules, tête de veau, boudin, coq au vin, potée, choucroute ou encore morue.

Avec le pot de rouge  sur table, viennent ensuite le fromage, blanc ou plateau de secs, puis le dessert. Aujourd’hui, c’était une part de tarte maison aux pommes.

Notez que chaque jour Alfred embauche en cuisine dès 4h00 du matin pour préparer tout cela et que durant le service il est seul avec une serveuse. Belle gageure.

Atypique la vie d’Alfred ?

Son parcours l’est pour le moins. Alors qu’il affiche 50 années de présence dans le village, c’est avec son frère qu’il a « fait le boulanger » 27 années durant, avec épicerie, deux camions pour les tournées et plein d’autres services encore. Et puis la maison d’angle s’est libérée et ses anciens propriétaires l’ont préféré, lui à d’autres (!), pour qu’il se remette en cuisine.

Cela fait donc maintenant 23 ans qu’il est au piano, en salle et partout à la fois pour jouer le jeu du cuisinier accueillant et taillant les bavettes avec ses clients et amis. Un jeu qui lui va bien et qui sans aucun doute est sa raison de vivre. Une figure dans le village, mais aussi dans les environs.


Au delà des ces repas aussi conviviaux que généreux, le Restaurant de la Fontaine peut vous proposer des repas d’affaires plus classieux, des lunchs, des banquets et autres agapes de groupe ou de classe.

Franchise et sincérité d’une cuisine très bien faite, mais pas un instant ostentatoire, convivialité, générosité sont de justes qualificatifs qui vont bien avec le personnage, celui d’un autre temps qui vit par amour de son métier et de ses amis clients.

J’oubliais, le menu complet de l’apéro au café est à 12,00 € avec le bonjour d’Alfred !

Michel Godet Lyon-Saveurs Février 2012


Restaurant de la Fontaine

Le Vieux Village

38090 Villefontaine

Téléphone: 04 74 96 41 88

Ouvert tous les midis du lundi au vendredi.

Sur réservation pour les autres services.


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